Systemic Integrated Risk Intelligence Solution

1 → 2,2 : la prévention, un investissement plus rentable qu’on ne l’imagine

Investir 1 pour obtenir potentiellement 2,2 en retour. Présenté ainsi, l'investissement semble plutôt intéressant. Et pourtant, il ne s'agit ni d'un placement financier, ni d'immobilier, ni d'une nouvelle technologie. Il s'agit de prévention.

Investir 1 pour obtenir potentiellement 2,2 en retour.

Présenté ainsi, l’investissement semble plutôt intéressant.

Et pourtant, il ne s’agit ni d’un placement financier, ni d’immobilier, ni d’une nouvelle technologie.

Il s’agit de prévention en matière de sécurité et de santé au travail.

Une étude internationale menée auprès de 300 entreprises dans 15 pays, dont la Suisse, a estimé le rendement moyen de la prévention à 2,2. Autrement dit, selon les estimations recueillies, une unité monétaire investie dans la prévention pouvait générer un retour potentiel de 2,2 unités, par salarié et par année.

Mais attention : 1 CHF investi ne signifie pas automatiquement 2,20 CHF encaissés.

Et c’est justement là que l’étude devient intéressante.

Parce que pour comprendre ce chiffre, il faut regarder où se crée réellement la valeur de la prévention.

2,2 : ce que ce chiffre dit… et ce qu'il ne dit pas

Commençons par éviter un raccourci tentant.

L’étude, publiée en 2011 par l’Association internationale de la sécurité sociale (AISS), repose sur des entretiens menés auprès d’experts de la prévention au sein des entreprises participantes. Les auteurs précisent eux-mêmes qu’il s’agit d’évaluations et d’estimations, que les résultats ne sont pas représentatifs d’une entreprise individuelle et qu’ils ne doivent pas être surinterprétés.

Le fameux 2,2 est donc une moyenne issue de l’étude, pas une promesse de rendement.

Mais l’échantillon reste conséquent : 300 entreprises issues de 15 pays ont participé, parmi lesquels la Suisse, l’Allemagne, la Suède, le Canada, les États-Unis ou encore l’Australie.

Et surtout, les résultats permettent de poser une question beaucoup plus utile :

Quand une entreprise investit dans la prévention, où peut-elle en retrouver les bénéfices ?

Pas seulement dans les accidents qui n'ont pas eu lieu

C’est probablement le premier bénéfice auquel on pense.

Un accident évité, c’est potentiellement de la souffrance évitée, mais aussi une interruption, une absence et différents coûts qui n’auront pas à être supportés.

Seulement, l’étude de l’AISS fait apparaître une vision beaucoup plus large.

Les entreprises interrogées associent également la prévention à des effets sur les perturbations du travail, les pertes de temps, la motivation et la satisfaction des collaborateurs, la qualité, l’innovation ou encore l’image de l’entreprise.

Les conséquences auxquelles on ne pense pas forcément lorsqu'on parle de prévention QSE en entreprise

Le coût que l'on voit… et ceux que l'on oublie

Un équipement de protection a un prix.

Une formation a un prix.

Du temps consacré à analyser les risques a un prix.

Ces dépenses apparaissent quelque part et sont relativement faciles à identifier.

En revanche, combien coûte :

  • une production interrompue pendant deux heures ?
  • un collaborateur expérimenté absent ?
  • une équipe qui doit réorganiser son activité en urgence ?
  • un retard qu’il faudra ensuite rattraper ?
  • une non-conformité provoquée dans une situation dégradée ?
  • ou simplement des dizaines de petites perturbations qui consomment du temps sans jamais apparaître sous une ligne intitulée « coût du manque de prévention » ?

C’est là que le raisonnement économique devient intéressant.

Ce qu'une mesure de prévention QSE empêche de coûter.

Le coût de la prévention est visible.

Le coût de l’absence de prévention est souvent dispersé.

C’est aussi ce qui rend l’identification et le pilotage des risques essentiels : avant de décider où investir, encore faut-il savoir quels risques méritent réellement l’attention.

50 % : un autre chiffre mérite notre attention

50% des entreprises interrogées estimaient qu'une augmentation des investissements en prévention ferait diminuer leurs coûts d'exploitation à long terme.

Le 2,2 n’est pas le seul résultat intéressant de l’étude.

Lorsque les entreprises interrogées ont été questionnées sur l’effet d’une augmentation des investissements en sécurité et santé au travail sur leurs coûts d’exploitation à long terme, 50 % estimaient que ceux-ci diminueraient.

25 % pensaient qu’ils resteraient constants et 24 % qu’ils augmenteraient.

Ce résultat ne signifie évidemment pas qu’augmenter n’importe quelle dépense de prévention réduira automatiquement les coûts.

Il suggère en revanche quelque chose d’important :

La prévention peut être envisagée comme un levier de performance, et pas uniquement comme une dépense nécessaire à la conformité.

Mais investir davantage n'est pas forcément la bonne question

Dire que la prévention peut créer de la valeur pourrait conduire à une conclusion un peu trop simple :

La prévention rapporte, donc dépensons davantage.

Or la véritable question est plutôt :

« Investissons-nous là où cela produit réellement de la valeur ? »

Quels sont les risques prioritaires ?

Quelles mesures ont été décidées ?

Lesquelles ont réellement été mises en œuvre ?

Qui en est responsable ?

Les actions produisent-elles les effets attendus ?

De nouveaux risques sont-ils apparus ?

C’est là qu’un système de management de la sécurité prend tout son sens.

La prévention devient pilotable lorsqu’on peut relier les risques, les mesures, les responsabilités, les contrôles et leur suivi.

Et si le ROI de la sécurité était aussi humain ?

Il y a enfin quelque chose que le ratio 2,2 exprime difficilement.

L’étude commence elle-même par le rappeler : les programmes de sécurité et santé au travail servent d’abord à prévenir les accidents et maladies professionnelles, dont les conséquences sur la qualité de vie ne peuvent pas simplement être compensées financièrement.

C’est important.

Car démontrer que la prévention peut être économiquement bénéfique ne signifie pas que la rentabilité est la raison pour laquelle il faut protéger les personnes.

La sécurité répond d’abord à une responsabilité humaine et aux obligations de l’employeur.

Mais si elle peut, en plus, contribuer à réduire les perturbations, préserver du temps, soutenir la qualité, la motivation et la performance de l’organisation, alors l’opposition entre :

Le ROI du QSE est aussi humain.

« sécurité »

et

« performance »

mérite peut-être d’être remise en question.

1 → 2,2 : un chiffre à retenir, avec la bonne nuance

Non, l’étude de l’AISS ne permet pas d’affirmer que chaque franc investi dans la sécurité rapportera 2,20 CHF à votre entreprise.

Elle est ancienne, ses résultats reposent en partie sur des estimations et ses auteurs demandent explicitement de ne pas les surinterpréter.

Mais ses résultats restent riches d’un enseignement qui, lui, mérite l’attention :

La prévention n’est pas seulement un coût destiné à éviter les accidents. Elle peut aussi créer de la valeur pour l’organisation.

Combien coûte à une entreprise le fait de ne pas mettre en place une mesure de prévention QSE ?

Et peut-être que la question à poser lors du prochain arbitrage budgétaire n’est donc pas seulement :

« Combien va nous coûter cette mesure de prévention ? »

Mais aussi :

« Combien pourrait nous coûter de ne pas la mettre en place ? »

Pour aller plus loin

L’étude Rendement de la prévention : calcul du ratio coût-bénéfices de l’investissement dans la sécurité et la santé en entreprise a été publiée en 2011 par l’Association internationale de la sécurité sociale (AISS). L’INRS la référence également dans son portail documentaire.

Consulter la publication originale sur le site de l’AISS

Consulter la notice documentaire de l’INRS